Voyage Sonore, entre science, ondes thêta et ressenti

par | Bien dans ta tête, Bien dans ton corps, Sonothérapie

Avouons-le tout de suite : présenté comme ça, « on va taper sur des bols tibétains pendant une heure et vous allez vous sentir mieux » a un petit côté « ésotérique ». On vous voit hausser un sourcil depuis ici si si !
Et pourtant, c’est exactement la question qui traverse presque tout le monde avant une première séance. Mais en fait c’est quoi, et comment ça marche ?

« Est-ce que ça marche vraiment, ou c’est juste agréable ? »

C’est souvent la première question, posée à mi-voix, juste avant de s’allonger. Et la réponse tient en deux temps : oui, il y a un effet mesurable, et non, ce n’est pas « que » de l’agréable (même si, disons-le, l’agréable a aussi son mérite).

La chercheuse Tamara Goldsby, de l’Université de Californie à San Diego, a mené plusieurs études sur les bols chantants tibétains, publiées dans des revues à comité de lecture. Ses résultats montrent une baisse significative du stress, de l’anxiété et même des scores de dépression après une séance de sonothérapie, mesurée avec des outils cliniques standards, pas seulement du ressenti.

« Comment ça peut changer quelque chose dans mon corps ? »

Pendant une séance de bols chantants, des chercheurs ont observé une augmentation des ondes cérébrales alpha et thêta, celles associées à la relaxation profonde et aux états méditatifs, ainsi qu’une baisse mesurable du rythme cardiaque et du cortisol salivaire, l’hormone du stress.
Ce n’est pas de la suggestion : ce sont des vibrations mécaniques qui traversent réellement les tissus et interagissent avec le système nerveux, en aidant le corps à basculer du mode alerte (sympathique) vers le mode repos (parasympathique).

« C’est un peu barré quand même, non ? »

Pas seulement, non. Le CHU de Saint-Étienne propose de la sonothérapie en soins palliatifs depuis 2011, et le service de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière a testé le massage sonore pour accompagner la régulation du rythme cardiaque et de la douleur.
Rien de tout ça ne remplace un suivi médical, et les échantillons de ces études restent modestes, mais ça pose une vraie base clinique, pas seulement une croyance.

Sur le plan plus subtil (l’harmonisation énergétique, les chakras, le corps vibratoire), la science n’a pas encore les outils pour mesurer ce que beaucoup ressentent pendant une séance.
L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence : c’est simplement un territoire que la recherche commence tout juste à explorer.

« Cet état bizarre où je ne sais plus si je dors ou pas, c’est dans ma tête ? »

Ça a un nom, et il est même assez bien documenté : c’est ce qu’on appelle un état modifié de conscience, une phase intermédiaire entre veille et sommeil pendant laquelle le cerveau ne fonctionne plus tout à fait sur le même mode.
Sur le plan électroencéphalographique, cet état correspond précisément au basculement observé pendant les séances de sonothérapie : une montée des ondes alpha (8 à 13 Hz, l’état de détente vigilante) puis thêta (4 à 8 Hz, associé aux états méditatifs profonds et à la phase d’endormissement).
C’est exactement la même bascule que celle mesurée par Goldsby pendant les séances de bols chantants, et celle que le rythme du tambour, selon les travaux du neurophysiologiste Andrew Neher, favorise activement à des fréquences de 4 à 7 battements par seconde.

Autrement dit : cette sensation de « je ne suis plus vraiment là, mais je ne dors pas non plus » n’est pas une image poétique.
C’est un état cérébral mesurable, que les instruments utilisés en séance semblent précisément capables d’induire.

Les instruments que nous utilisons au studio

Les bols en alliage de métaux (ce qu’on appelle communément les bols tibétains) sont fabriqués à partir de plusieurs métaux, ce qui leur donne un son riche, presque touffu, avec de nombreuses harmoniques qui se superposent.
C’est ce mélange de fréquences qui donne cette sensation de vibration « pleine », ressentie autant dans les oreilles que dans le sternum ou le ventre quand le bol est posé directement sur le corps.
C’est souvent le premier instrument de la séance : il installe le socle, le sol vibratoire sur lequel le reste vient se poser.

Les bols en cristal sont taillés dans du quartz pur, et chacun est accordé sur une seule note précise.
Le son qui en sort est plus pur, plus tranchant que celui des bols en métal : une seule fréquence, très soutenue, qui semble traverser la tête plutôt que le ventre.
C’est l’instrument qu’on utilise pour travailler plus spécifiquement une zone ou une intention donnée, un peu comme on choisirait une couleur précise plutôt qu’une palette entière.

Les gongs sont sans doute l’instrument le plus intense du voyage : leurs harmoniques partent dans toutes les directions à la fois, sans note précise, pour créer une vraie vague sonore qui enveloppe tout le corps d’un coup.
C’est l’instrument qu’on utilise pour secouer doucement ce qui doit l’être, dans les phases les plus actives de la séance.

Les tubalophones sont des tubes métalliques accordés, joués en les frappant doucement.
Leur particularité : ils sont réglés sur une gamme où toutes les notes s’accordent naturellement entre elles, donc littéralement impossible de jouer une fausse note.
Le son est clair, cristallin, presque ludique.

Le tambour (le vrai, celui qu’on frappe) fonctionne très différemment des bols et des gongs : c’est le rythme, pas la fréquence, qui fait le travail.
Le neurophysiologiste Andrew Neher a montré dès les années 1960 qu’un rythme de tambour situé entre 4 et 7 battements par seconde favorise l’apparition d’ondes cérébrales thêta, celles-là mêmes associées aux états de relaxation profonde et de méditation.

Le tambour de l’océan, le bâton de pluie, les koshis, les carillons, les sensulas et d’autres matières naturelles n’ont, eux, rien de percussif : on ne les frappe pas, on les incline, on les fait rouler ou vibrer doucement.
Le tambour de l’océan (rempli de billes qui roulent) et le bâton de pluie imitent respectivement le bruit des vagues et de la pluie ; les koshis, ces petits carillons suspendus dans un tube, produisent un tintement très doux, presque aérien.
Ce sont les instruments les plus apaisants du voyage.

Deux temps bien distincts se dessinent dans une séance : des phases de travail, plus chargées en vibration (bols, gongs, tambour rythmé), qui viennent mobiliser quelque chose dans le corps ; et des phases de pause entre elles, portées par les instruments plus doux, qui laissent le temps d’accueillir et d’intégrer ce qui vient de se passer avant de repartir.

Posés les uns après les autres, avec la voix qui vient s’ajouter par-dessus, ces différents univers sonores composent un voyage qui ne ressemble jamais tout à fait au précédent.

Comment ça s’passe ?

Vous arrivez, vous vous installez au sol sur un tapis, une couverture épaisse en dessous, un bolster sous les genoux, un coussinet sur les yeux.
Il n’y a rien à réussir : pas de posture à tenir, pas de concentration à maintenir. Juste vous, allongé·e, et le son qui va faire le chemin à votre place.

La séance commence par un temps d’échange, pour se présenter et poser ce que l’on vient chercher ce soir-là, puis une courte méditation de « check-in » pour se poser en pleine présence corporelle. Et puis le voyage commence vraiment.

Et là, il y a cette chose qu’on ne peut vraiment décrire qu’en la vivant : être deux intervenantes.

Stéphanie s’est formée à de nombreuses formations de sonothérapie et l’utilise au jour le jour dans ses consultations de psychologie, Andréa de son côté au yoga, à la bio-énergie et à la thérapie somatique.
Pendant que les instruments se répandent tout autour de vous, parfois à quelques centimètres du corps, parfois à l’autre bout de la salle. On est littéralement enveloppé·e de bout en bout, du sol jusqu’au-dessus de la tête, par deux sources sonores qui se répondent sans jamais se marcher dessus. Beaucoup de participant·es disent qu’à un moment, ils ne savent plus vraiment d’où vient le son : du bol, de la voix, ou de l’intérieur de leur propre corps.

La séance se referme doucement, avec un retour progressif aux sensations du corps, puis un temps de partage pour mettre des mots sur ce qui vient d’être vécu (ou pas, certain·es préfèrent garder ça pour eux, et c’est très bien aussi).
On prend le temps de s’assurer que tout le monde est bien revenu de son voyage et on accompagne aussi parfois les jours qui suivent.

Les petits voyages que ça déclenche

Chaque séance est différente, et chaque personne y vit quelque chose qui lui appartient en propre. Sans révéler de choses trop personnelles, il s’y passe des choses.

Beaucoup décrivent un état particulier : ni tout à fait éveillé, ni tout à fait endormi, un peu comme un rêve suspendu, cet état modifié de conscience où le corps se relâche complètement pendant que l’esprit continue, ailleurs, une forme de voyage.
Certains sont parcourus de frissons agréables, et de vibrations qui les accompagnent encore quelques jours après le voyage.
On a vu une participante revivre des sensations liées à sa propre naissance. Une autre élève a vu une migraine chronique s’apaiser pendant la séance pour ne plus revenir. D’autres ressortent avec un vrai regain d’énergie nerveuse et mentale, comme si quelque chose s’était rechargé.
Certain·es en ressortent en disant qu’ils ont dormi ; d’autres jurent n’avoir pas fermé l’œil une seconde, tout en ayant vécu la même sensation de temps suspendu. Les deux versions sont vraies, et c’est justement ce qui rend chaque séance impossible à prévoir à l’avance.

C’est peut-être ça, au fond, la vraie promesse de la sonothérapie : un espace où la science documente une partie de ce qui se passe, et où l’expérience vécue continue, tranquillement, bien au-delà de ce qu’on peut mesurer.

Envie d’essayer ? Nos prochains voyages sonores en duo (avec Stéphanie Monnard et moi-même) ont lieu une fois par mois au studio Superbanane à Chaville.

Ouvert à tou·tes (dès l’adolescence). Contre-indications rares par mesure de précaution (pacemaker, épilepsie). Adapté aux femmes enceintes, signalez-le simplement en amont. 

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